Air France : lettre à Manuel Valls

Suite aux événements survenus chez Air France, j’ai adressé une lettre au Premier ministre :

Monsieur le Premier ministre,

J’ai été particulièrement choqué des propos que vous avez tenus, mardi, lors de votre visite auprès de la direction d’Air France.

Votre déplacement faisait suite à la manifestation de salariés de la compagnie aérienne menacés d’un nouveau plan social et de la suppression de 2900 emplois.

Les chaînes de télévision ont abondamment relayé les images du DRH d’Air France et d’un autre cadre aux chemises déchirées.

Vous avez cru utile de traiter les manifestants de « voyous », d’exiger des « sanctions exemplaires » et d’apporter votre soutien à la direction du groupe.

Je ne cautionne évidemment pas les violences survenues, ce lundi, mais le traitement de l’événement et les réactions politiques (dont la vôtre) et médiatiques ont été pour le moins disproportionnés.

2900 salariés, et donc 2900 familles, vivent sous la menace d’un licenciement et de ses conséquences. Ce plan intervient à la suite d’autres aux termes desquels des emplois ont déjà disparu après des sacrifices déjà consentis par les employés et notamment par les personnels au sol.

Il eût été préférable que vous manifestiez votre soutien à tous ces salariés, que l’Etat actionnaire travaille à infléchir les choix d’Air France, qui ne cessent d’enfoncer la compagnie nationale au fil des plans sociaux.

Or, vous n’avez ni interrogation, ni indignation sur la politique poursuivie et, au final, le personnel d’Air France, ses représentants syndicaux apparaissent comme responsables de la situation. Quelle inversion des rôles !

L’indignation que vous avez manifestée, comme j’aurais voulu qu’elle fût la même lorsque, dans ma circonscription, Continental décida de fermer son usine de Clairoix et de jeter à la rue ses 1120 salariés. Il s’est alors trouvé de bonnes âmes pour traiter aussi ces travailleurs de « voyous » que leur direction avait trompés en leur imposant des sacrifices (retour aux 39 heures), en leur promettant le maintien de leurs emplois et, au final, en fermant l’usine.

Est-il possible. M. le Premier ministre, que vous ignoriez la colère sociale, qui ne cesse de monter dans notre pays, quand depuis 2009, 1576 usines ont fermé, qu’en 2014, 68 000 emplois ont été supprimés et que 6 millions de nos concitoyens sont inscrits à Pôle emploi ?

Votre indignation, comme j’aimerais qu’elle s’exprime quand le nombre de suicides liés aux conditions de travail explose (400 par an selon le Conseil économique et social). Mais ces drames-là n’ont pas le retentissement politique et médiatique, dont bénéficient les chemises déchirés des cadres d’Air France et vous n’allez pas manifester votre soutien aux familles endeuillées.

J’ai moi-même été longtemps syndicaliste avant d’être maire et parlementaire. Ma préoccupation, comme celle de mes camarades, était toujours de contenir les réactions des salariés face à la violence patronale afin de ne pas céder aux provocations et de nourrir des mouvements sociaux exigeants et positifs.

J’ai moi-même été victime des menaces patronales, de traductions devant les tribunaux avec l’objectif de criminaliser l’action syndicale et de la désarmer. Là est la vraie violence et la mise en cause du dialogue social.

L’arrogance du MEDEF est d’autant plus forte aujourd’hui qu’elle considère avoir les coudées franches dès lors que votre gouvernement y apporte sa pierre.

Je vous rappelle que tel n’est pas le mandat que les électeurs ont donné au Président de la République en 2012 en l’élisant.

Pouvons-nous espérer qu’à 18 mois de la fin du quinquennat, vous puissiez vous le rappeler ?

Dans le cas contraire, non seulement votre échec sera inéluctable mais il nourrira les forces les plus obscures et la colère sociale ne pourra que grandir. Votre indignation sélective sera alors bien dérisoire.

Je vous prie de croire, Monsieur le Premier ministre, en l’assurance de mes respectueuses salutations.

 Patrice CARVALHO

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