Nuit debout pour ne pas vivre couché

Médias et états-majors politiques scrutent avec perplexité ce qui se passe, tous les soirs, place de la République à Paris et désormais dans une soixantaine de villes en France.

Des milliers de jeunes et de moins jeunes se retrouvent dans l’espace public, évidemment contre le projet de loi El Khomri, mais, bien au-delà, pour manifester leurs colères, leurs attentes, définir les contours de la société qu’ils voudraient. Et le tout sans dirigeants, sans porte-parole, sans hiérarchie. Chacun compte pour un et savoure la convergence des revendications et le plaisir d’être ensemble.

A droite, on n’apprécie pas trop et on tente de discréditer le mouvement en l’assimilant aux débordements, à la violence et au désordre. Difficile évidemment d’être en phase quand on trouve que la loi El Khomri ne va pas assez loin dans le démantèlement du code du travail.

A gauche, et au PS en particulier, on trouve cela sympathique mais on voudrait encadrer le tout. Compliqué quand, aux yeux des participants aux « Nuits debout », le parti gouvernemental apparait comme le symbole du renoncement à changer le cours des choses par son ralliement à toutes les recettes libérales.

Ce qui se passe place de la République et ailleurs est assez simple à comprendre : la démocratie représentative est en crise. Les citoyens ont le sentiment de n’être plus représentés par ceux qu’ils élisent, et pire, d’être trahis par eux.

Les partis politiques, les dirigeants ont, pour la plupart, perdu tout crédit. La parole politique s’est démonétisée.

Le fossé a commencé à se creuser en 1983, lorsque François Mitterrand amorce le tournant de la rigueur, en rupture avec les engagements de 1981.

Et depuis, le fossé est devenu un gouffre : Chirac élu pour réduire la « fracture sociale », Sarkozy avec qui « tout devenait possible », Hollande enfin qui nous promettait : « le changement, c’est maintenant ! ».

Résultat : à chaque échéance, l’abstention s’accroit et l’extrême-droite, surfant sur le rejet de la classe politique, fait son beurre sans, pour autant, offrir la moindre perspective, se contentant de tisser un manteau d’arlequin fait de pièces puisées dans tous les registres politiques pour couvrir le maximum de terrain.

Alors, oui, place de la République, il se passe quelque chose : des citoyens décident de reprendre la parole dans une forme de démocratie participative.

Ils ont en commun, par-delà leur diversité, d’avoir identifié le mal dont nous souffrons : un libéralisme mondialisé dominé par la finance et les puissants pour lesquels les populations ne sont que des variables d’ajustement. Il faut donc reprendre la main. Sinon, il n’y a plus ni république, ni démocratie. L’une et l’autre sont confisquées au bénéfice des intérêts privés d’une caste.

Les « Nuits debout »  ne se suffisent pas à elles-mêmes pour bouleverser l’ordre des choses. Mais c’est de l’oxygène, un oasis dans un paysage politique aride. Et nous en avons bien besoin !

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