Lettre ouverte à François Hollande

J’ai envoyé une lettre ouverte aujourd’hui au Président de la République.

Comme vous le constaterez, elle dresse un bilan des quatre années de présidence de François Hollande en rupture avec ses engagements de campagne, alors que se poursuit le mouvement social contre la loi « travail », qui illustre à la fois les reniements gouvernementaux et la volonté d’imposer un modèle social régressif.

Monsieur le président de la République,    

            Depuis le 14 avril dernier, vous répétez que « ça va mieux en France ». J’aimerais vous croire et les Français souhaiteraient pouvoir le constater dans leur vie quotidienne. Or, il n’en n’est rien et la méthode Coué ne suffit pas pour nous convaincre.

 Vous évoquez une reprise de la croissance à hauteur de 1,3% du PIB en 2015 et vous en attribuez le mérite à la politique menée par vos soins depuis 4 ans, avec la montée en charge du CICE et la mise en œuvre du pacte de compétitivité. Ces mesures ont consisté à diminuer obsessionnellement le coût du travail par le déversement de milliards d’euros d’exonérations sociales et fiscales au bénéfice des entreprises sans compensation. Nous attendons toujours le million d’emplois promis par M. Gattaz.

Mais ce dont l’économie a besoin, ce n’est pas de l’appauvrissement des salariés, du déclassement de beaucoup d’entre eux et de la réduction de leurs droits ; c’est de carnets de commande qui se remplissent pour les entreprises. 

Pour cela, il faut de la demande, de la consommation, du pouvoir d’achat, de l’investissement et de la confiance, tout ce qui nous manque.

 « La baisse du chômage, un trompe l’œil ».        

Les chiffres du chômage, qui, depuis le mois de mars, attesteraient d’une inversion de la courbe, que vous nous annoncez depuis longtemps, sont en réalité un trompe l’œil. Tout d’abord, il est établi qu’à moins de 1,5% de croissance, il ne se crée pas d’emplois. Mais, en outre, nous observons que si le nombre des chômeurs en catégorie A, ceux qui n’ont pas travaillé du tout au cours du mois, baisse, le basculement s’opère vers les catégories B et C, ceux qui ont travaillé quelques heures, ce qui prouve la dégradation de la qualité de l’emploi et l’installation de la précarité.

Vous êtes en train de faire basculer la France dans un modèle qui n’est pas le sien, s’inspirant des recettes depuis longtemps mises en œuvre Outre-Manche et Outre-Rhin et qui instaurent l’insécurité sociale comme norme.

 Je vous invite à prendre connaissance du rapport sur l’Etat de la France, rendu public par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dont les deux rapporteurs sont un chef d’entreprise, président de la CCI de Paris-Ile de France et le président du groupe Hermione-Lafayette.

 Des inégalités en hausse pendant votre quinquennat.

Vous aviez fait de la jeunesse la priorité de votre mandat. Pourtant, selon le CESE, les différences entre les élèves qui réussissent et ceux qui sont en difficulté n’ont jamais été aussi marquées depuis les années 1970. Il devient de plus en plus dur pour les non-diplômés, toujours plus nombreux, de trouver un emploi et les diplômés « galèrent » de plus en plus entre les CDD et Pôle emploi.

 En hausse à l’école et sur le marché du travail, les inégalités s’accroissent également dans le secteur de la santé. Le rapport du CESE déplore qu’en France, l’espérance de vie n’augmente pas aussi rapidement pour tout le monde. Alors qu’en moyenne, un cadre de 35 ans peut espérer vivre encore 47 années, un ouvrier du même âge a, quant à lui, seulement 41 ans devant lui, soit six ans de moins. Ce constat devrait vous préoccuper mais au lieu de ça, vous prévoyez des nouvelles baisses de crédits dans les hôpitaux avec une suppression programmée de plus de 22 000 postes. C’est un saccage de bien plus grande ampleur, et aussi peu pardonnable, que celui qui a eu lieu à l’hôpital de Necker, en marge de la manifestation du 14 juin dernier.

 Préparer l’avenir, c’est soutenir l’investissement.

Les rapporteurs du CESE démontrent aussi que la France prépare mal son avenir. Ils mettent en cause le manque d’investissements dans des projets de long terme, pour l’emploi ou pour la recherche. La part de la recherche française dans le monde diminue chaque année et pour le CESE, il faudrait y investir 16 milliards d’euros supplémentaires. Votre politique va à l’inverse de ce que le Conseil préconise puisque votre gouvernement prévoit, là encore, des coupes budgétaires dans les crédits de la recherche à hauteur 256 millions d’euros l’année prochaine.

De plus, cela fait quatre ans que les dotations de l’Etat accordées aux collectivités territoriales se réduisent, alors que ce sont elles qui investissent le plus en France. Malgré vos annonces sur la réduction de la baisse des dotations, leur situation reste très préoccupante et des milliers d’emplois sont menacés par la diminution de l’investissement des collectivités. 

  Le « modèle français » est notre richesse.

En effectuant une analyse fine de la France et des Français, le CESE démontre que s’il existe un mal-être en France (17% seulement des Français se disent satisfaits), celui-ci ne vient pas seulement des problèmes économiques ou financiers mais bien d’un problème de société. Nos concitoyens ont un sentiment de perte de cohésion sociale et ils souhaiteraient que le « vivre ensemble » et le « travailler ensemble » redeviennent des valeurs essentielles. L’esprit de compétition imposé dans les entreprises et l’individualisation des rapports sociaux sont, pour le Conseil, à la source de ce mal-être. En s’attaquant au code du travail, votre politique favorise les petits emplois, elle oppose les travailleurs en créant du dumping social et elle réduit leur confiance dans l’avenir en facilitant les licenciements et en supprimant la primauté d’un droit commun dans les entreprises.

 La justice et l’égalité pour boussole.

Vous disiez pendant votre campagne que « l’âme de la France, c’est l’égalité ». Je le pense également. Les Français préfèrent la solidarité à la compétition exacerbée et au « chacun pour soi ». Le mouvement social, qui a lieu en ce moment, cristallise ces deux visions du monde. D’un côté, vous-même et votre gouvernement qui, ralliés aux thèses libérales, veulent imposer une société en rupture avec notre histoire et notre culture. De l’autre, des millions de nos concitoyens qui considèrent que le progrès social et le respect des droits des salariés sont des moteurs et non des handicaps dans une économie destinée à servir l’intérêt général. Il y a quatre ans, vous affirmiez être à leurs côté. C’est pourquoi les Français vous ont élu.

Ai-je besoin d’insister sur leur sentiment d’avoir été trahis, tant ce que vous entreprenez est à l’inverse de ce pour quoi ils vous ont porté à la présidence de la République ? On dit souvent que la gauche au pouvoir doit renoncer à ses ambitions. J’ai l’intime conviction que ce n’est pas vrai et pour ma part, je n’ai renoncé à rien durant mon mandat parlementaire. Bien que je doute qu’il soit encore possible de lancer des grandes réformes pour tenir vos engagements, vous pouvez toujours arrêter d’en prendre le chemin inverse et renoncer à ce qui est devenu le symbole de vos reniements, la loi travail. Vous n’avez aucune légitimité pour imposer ce texte. Une majorité des français y est opposée, la majorité des syndicats représentatifs aussi et vous n’avez pas de majorité parlementaire pour l’adopter.

Vous vous grandiriez en y renonçant et en engageant enfin de vraies négociations sur les droits de salariés. 

 Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma haute considération.

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