Surenchères et récupérations : le comble de l’indécence

L’Assemblée nationale examinait, ce mardi soir, le projet de loi visant à une quatrième prolongation de l’état d’urgence, après le carnage du 14 juillet à Nice.

Le débat s’est poursuivi, toute la nuit, pour une adoption du texte intervenue à cinq heures du matin.

Le contenu des échanges est évidemment empoisonné par les futures échéances électorales. Nous sommes donc dans la surenchère jusqu’à l’absurde, chacun voulant apparaitre comme le « monsieur propre » de la lutte contre le terrorisme. L’indécence est à son comble dans l’irrespect absolu des victimes et de leurs proches.

La palme en est, sans aucun doute, revenue, juste après le drame de la promenade des anglais, à Henri Guaino, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy.

Il aurait suffi, selon lui, d’un gendarme équipé d’un lance-roquette pour stopper le camion.

Encore aurait-il fallu connaitre préalablement le mode opératoire choisi par l’assassin, sauf à décider  d’équiper les forces de l’ordre de ce type d’arme à chaque rassemblement de foule. Bref, tout cela n’est pas sérieux.

Mais nous en avons entendu bien d’autres. Ainsi, dans un premier temps, le gouvernement proposait une prolongation de 3 mois de l’état d’urgence. La droite propose 6 mois. La commission des lois et le gouvernement acceptent. Qu’à cela ne tienne, la droite propose alors un an. Qui dit mieux ?

Et je ne m’attarde pas sur les propositions farfelues inapplicables, en droit, visant notamment à priver de liberté des citoyens sur la simple présomption de suspicion. C’est le retour de la lettre de cachet de l’ancien régime.

Tous les spécialistes un peu sérieux s’appliquent à dire que l’état d’urgence a eu son utilité dans les quinze premiers jours, qui ont suivi sa mise en œuvre, en permettant en particulier des perquisitions, qui ont abouti à neutraliser des terroristes.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui, comme en attestent les actions terroristes, qui se sont succédé.

L’efficacité ne dépend pas de l’état d’exception, mais du respect des règles de droit. Le déploiement du renseignement de proximité en est la clé et la droite est bien mal placée pour en parler, elle qui a dissous les renseignements généraux au plus près du terrain.

Cela implique une obligation de moyens, qui s’accommode mal de l’austérité et des restrictions budgétaires.

Il y a également à reconsidérer l’engagement de la France dans les situations de chaos auxquelles notre pays a participé directement ou indirectement en Libye, en Syrie, en Irak, qui ont créé un vide politique que l’État Islamique occupe.

Le profil du tueur de Nice marque, en outre, un tournant dans l’action terroriste. Il n’est pas un militant de l’islamisme radical mais d’abord un déséquilibré qui, en quelques jours, utilise le cadre de l’intégrisme religieux pour satisfaire ses pulsions de mort. Il n’était pas connu comme radicalisé, ni fiché à ce titre. C’est dire le danger que représente ce type d’individu difficilement identifiable avant son passage à l’acte.

Notre société est décidément malade et ce n’est pas l’état d’urgence permanent qui réglera ce problème. Il n’y aura pas d’issue si nous ne savons pas redonner de perspectives à des milliers de nos concitoyens qui n’en ont plus.

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