Le lait dont Lactalis fait son beurre

Le bras de fer engagé entre les producteurs  de lait et le géant Lactalis est emblématique des dérives de la mondialisation libérale.

Lactalis est le numéro un mondial dans la production de lait de vache et de fromage. L’entreprise réalise 17 milliards € de chiffres d’affaires avec 229 sites industriels dans 43 pays. Elle ne publie jamais ses bénéfices et préfère payer les amendes, conséquence de cette absence de transparence. Son patron, Emmanuel Besnier, évite systématiquement les apparitions publiques et fuit la presse. Il est le 15ème français le plus riche, avec 4,43 milliards à son patrimoine.

Cette situation de leader du marché le place en position de force face aux producteurs auxquels il impose sa loi.

Car c’est ainsi que le système marche : c’est l’acheteur, en l’occurrence, Lactalis, qui fixe les prix, comme si, vous, lorsque vous allez chez votre boucher, vous fixiez le prix du beefsteak.

Le coût de production, pour un éleveur, de 1000 litres de lait s’élève à 350 €. Lactalis propose aux mieux 269 €. Et au début de l’année 2016, nous étions à 266 €. Les éleveurs produisent donc à perte, Lactalis invoquant, pour se justifier, la concurrence internationale, la surproduction et jouant de la déréglementation européenne pour diminuer encore les prix.

Nous sommes dans cette situation absurde dans laquelle l’Union européenne multiplie les programmes d’aides pour inciter à réduire la production de lait et pour que les éleveurs ne mettent pas la clé sous la porte, tout cela pour le plus grand bonheur de Lactalis.

Les éleveurs ne demandent qu’une chose : pouvoir vivre de leur travail et bénéficier, à ce titre, des prix rémunérateurs auxquels ils ont droit.

Malgré le conflit en cours, pour l’heure, sans issue, le ministre de l’agriculture se refuse à intervenir.

Le problème ne porte pourtant pas que sur la filière laitière. Un récent affrontement de même nature a eu lieu pour le porc. Il s’agit des mécanismes de fixation des prix, le principe de la « concurrence libre et non faussée » conduisant, nous le voyons, à la catastrophe.

Le 26 mai dernier, avec mon groupe parlementaire, nous avions déposé une proposition de loi visant à garantir le revenu des agriculteurs. J’étais, sur ce texte, le porte-parole de mes collègues.

Nous proposions notamment, dans l’article 1, que les organisations interprofessionnelles tiennent une conférence annuelle sur les prix pour chaque production agricole, qu’ainsi puisse être fixé un prix plancher d’achat aux producteurs sur la base de l’évolution des coûts de production. Nous proposions également d’étendre l’application du coefficient multiplicateur régulant la fluctuation entre le prix d’achat et le prix de vente afin de limiter les taux de marge, qui assurent de confortables profits à Lactalis pendant que les producteurs se meurent.

Notre proposition de loi n’a malheureusement pas été adoptée. Pourtant, il y a urgence. Je vais interpeller le ministre de l’agriculture à ce sujet.

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