Alstom : sauvetage express…oui mais …

L’Etat s’est donc penché sur le sort d’Alstom Belfort. Les salariés francs-comtois auront eu plus de chance que ceux d’Arcelor Mittal à Florange lamentablement abandonnés malgré les promesses. Les mauvaises langues vous diront que la proximité d’échéances électorales est à l’origine de cette sollicitude.

Il fallait remplir le carnet de commandes de Belfort pour la période 2018-2021. C’est ce que le gouvernement a fait avec une commande de 21 rames de TGV, six pour la ligne Paris-Milan pour le compte de la SNCF, 15 pour le compte de l’Etat pour les futures liaisons du sud de la France entre Bordeaux et Marseille. S’y ajoutent 20 locomotives pour assurer des manouvres de manutention.

Ce plan de sauvetage in extremis permet de maintenir 480 emplois et d’éviter à une région le désastre d’une casse industrielle majeure. Ne boudons pas notre plaisir, d’autant que sans la mobilisation des salariés, des élus et des populations, qui ont fait d’Alstom une affaire nationale, nous n’en serions sans doute pas là.

Il n’en reste pas moins que les mesures annoncées sentent l’improvisation. Belfort produit des TGV. Il fallait donc lui commander des TGV. Les 15 rames payées par l’Etat sont destinées à rouler sur des voies ordinaires où circulent des Intercités à 200km/h maximum. Cela revient à aligner des formules 1 sur des routes départementales limitées à 90km/h. Mais surtout le gouvernement, qui nous rebat les oreilles avec la lutte contre la dette et les déficits pour justifier l’austérité, est prêt à dépenser 30 millions € par rame de TGV quand un Intercité en coûte 18. La facture totale s’élèvera donc à 450 millions € au lieu de 270. Il y a des circonstances où on n’est guère regardant à la dépense.

Ce qu’en tout cas révèle cet épisode et qui confirme ce que j’ai déjà eu l’occasion de dire, c’est l’absence de politique industrielle nationale et, en particulier, dans la filière ferroviaire.

L’Etat est présent dans le capital d’Alstom et siège au conseil d’administration.

Comment n’a-t-il rien vu venir ? Comment n’a-t-il pas pu s’alarmer du « creux » d’activité pour la période 2018-2021 ? Comment n’a-t-il pas mesuré que les retards pris dans le renouvellement des matériels, tels que les Intercités (270 trains commandés sur un objectif de 1000) auraient des conséquences lourdes ? Comment ne pas s’émouvoir du recul  continu du fret ferroviaire (9% seulement du fret total) ?

Avec ce plan de sauvetage semble néanmoins s’amorcer un plan de marche pour un plus long terme avec une enveloppe de 70 millions €, sortis des poches de l’Etat, pour développer le TGV du futur (30 millions €), engager les procédures de production des rames commandées (30 millions €), développer les activités de maintenance des matériels dans le cadre européen (5 millions €)  et engager les activités de recherche et de développement du bus du futur (5 millions €) encourageant Alstom à se diversifier.

Compte-tenu de tous ces enjeux, il est une question à laquelle nous n’échapperons pas si nous voulons éviter les déconvenues. Il s’agit de l’urgence d’accroitre la part de l’Etat dans le capital d’Alstom afin d’acquérir une minorité de blocage et de se prémunir des appétits du privé  dans la perspective de l’ouverture du transport ferroviaire de voyageurs à la concurrence.

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